Aa, journal d’un poème José Corti, 2007 isbn : 978-2-7143-0958-7 ; 224 pages. 17 €
Extrait du pré-dire « Ce n’est pas exactement ma vie que je raconte bien que tout soit vrai, mais un processus. Où je suis aujourd’hui, Héraclite n’a pas encore inventé l’être. Et l’émoi m’intéresse plus que moi. Tout procède par minuscules conversions d’évènements minuscules qui nomment et dérobent l’urgence, au moment de peindre ou d’écrire, au centre de l’importance décisive et gigantesque du contexte : vivre, ici, cependant que le monde où nous sommes. »
« Aa Deuxième mot du Robert. À, c’est d’abord Aa 1, symbole alchimique de l’amalgame, origine grecque 2, symbole de la juste pesée des mélanges, pas d’origine. Sûr, le partage ! 3, le miracle Hawaïen : coulée de lave rugueuse à scories Mais en vieux germain Aa c’est l’eau du fleuve
À, c’est au point du verbe. a, c’est par gouvernail que gouverne la foudre d’Héraclite, oiax, on est en mer, à première révolution du feu. De côtés opposés tournent barre et bateau. Faudrait timonier pour relier des destins et des îles. On lit c’est un peu timonier. C’est juste avant la foudre qui arrache la barre. Juste avant de lancer sur le palimpseste, guerres et repentirs de guerre, un petit bateau de papier plié. B. c’et le bateau. pour le reste et le grappin c’est demain.
Caroline Sagot Duvauroux publie son cinquième volume chez Corti après Hourvari dans la lette, Atatao,Vol-ce-l’est et Köszönöm. Elle publie également chez Les Ennemis de paterne Berrichon.
•
Christian Bachelin
Mémoires du mauve Apogée, 2007 isbn : 978-2-84398-291-0; 64 pages. 17 €
« Méconnu du plus grand nombre, Christian Bachelin n’est pas un poète d’aujourd’hui, c’est un poète de toujours »
(Valérie Rouzeau)
« Mais maintenant je m’éveille, je ne raconte plus un rêve, mon pied enfoncé dans un accroc des draps marche en des contrées béates et caverneuses, au fin fond poudreux de la vétusté des couvertures, il est bien vrai qu’inconsciemment m’enchante ma piètre condition, mon emploi minable de touilleur de houilles dans une fabrique de plastiques, mon encroûtement dans le dépit célibataire ; des taches d’eau dormantes émigrent à travers les murs , sous le lit, dans les ressorts du sommier, peu à peu s’amasse la poussière, passe du flottement indécis au flocon casanier »
Cocasse, halluciné, le récit des mémoires du mauve se lit comme un songe aimanté par l’existence d’un obscur vieux garçon de peut-être vingt ans, Mathias, dont on imagine bien qu’il est l’un des nombreux « doubles » du poète, tel « Tristan » ou encore le fameux « Ténébros » d’une autre nostalgie. Pas d’histoires en ces pages – sinon celle que le jeune homme « archaïque et flou » se raconte. Pas de commencement. Pas de fin. « Je suis un vaste et pauvre type » dit Mathias et tout est dit alors de la grandeur sublime d’une humble vie qui sait rêver, sait se rêver comme personne.
Christian Bachelin est né à Compiègne en 1933 ; L’essentiel de son œuvre a été publiée en un seul volume, Neige exterminatrice, par les Éditions le Temps qu’il fait, en 2004. A signaler aussi le récent Démon d’antichambre
•
Jacques Broda
et le…pain du visage Photographies de Martine Beck Coppola Passages d’encre, 2007 isbn : 978-2-913640-82-5. 15 €
« J’écris dans une langue qui n’est pas la mienne, ma langue maternelle est morte, dans le corps de ma mère par deux fois. Chant du peuple juif assassiné.
Un bout de peuple vient de partir, un bout de soi, mis bout à bout ces bouts t’ont fait, dans l’Éclipse de Dieu »
Jacques Broda est né à Toulouse le 16 décembre 1944. Il est professeur de sociologie à l’Université de la Méditerranée. Il rencontre dans les années 80 Armand Gatti et coopère avec lui autour du Chant d’amour des alphabets d’Auschwitz. Cette rencontre déclenche une véritable rupture épistémologique dans son rapport au savoir, à l’écriture. Il fonde et anime les Univers-Cités populaires de Martigues et s’engage, en partenariat avec le Secours populaire français dans l’association LEA (Lire, Écrire, Agir).
• Thomas Braichet
Conte de F_______ P.O.L., 2007 isbn : 978-2-84682-161-2. 18 € (avec un CD)
« Quelques journées de la vie de Phil « – Raconte : – À l’instar d’un karaoké on peut suivre texte et bande-son simultanément. Et/ou écouter le son après le texte et/ou l’un et/ou l’autre avant l’un ou l’autre, et après ça ça recommence : une journée est déjà recommencée. A la manière d’un karaoké, avec quelques degrés et fossés de lecture en plus : – des blocs de texte s’interpénètrent – les (pas/bien/mal)-entendus tracent du texte dans les textes. Des moments trop longs, d’autres qui prennent de court – une de ces journées à déjà recommencer. Les journées s’accumulent, le cadenas de la veille devient le canevas du lendemain et vice et/ou versa : Phil a le revirement facile. Et plein d’idées reçues. »
Thomas Braichet publie son troisième livre chez P.O.L. Il est né à Bois-Guillaume en 1977, « réalise depuis bandes-son et musiques et schèmes et polices de caractères et écrits »
•
Pierre Ouellet
Voire L’Hexagone( Québec)., 2007 isbn : 978-2-89006-801-8.432 p.
Avec Voire, Pierre Ouellet a souhaité revenir sur la matière de ses premiers livres publiés « pour mieux me vider de ce qui encombre d’obscurités ma mémoire alourdie par tout ce qui tombe en elle dans une sorte d’oubli ». Trois recueils, radicalement transformés, sont présentés ici, L’omis était paru en France, chez Champ Vallon, il y a presque vingt ans ; Rehauts, en Catalogne, chez Noésis, quelques années plus tard. Sommes avait été accueilli à l’Hexagone à la même époque. « Je n’ai jamais fini de vivre ce que j’ai vécu. Je n’aurai jamais fini d’écrire ce que j’ai écrit. Chaque instant de ma vie est une variante de ce qu’elle aurait pu être, comme si d’autres versions de mon histoire étaient toujours possibles. Il n’en va pas autrement des livres, qui tirent leur vérité du fait qui sont une "possibilité" parmi d’autres »
Le livre est illustré de reproductions d’œuvres de Peter Krausz.
Né à Québec en 1950, Pierre Ouellet est poète, romancier, essayiste. il a écrit plus de trente livre. Il est professeur au Département d’études littéraires de l’Université du Québec, à Montréal et titulaire de la Chair de recherche du Canada en esthétique et poétique. Il vient de recevoir le Grand Prix Quebecor, décerné au Festival International de la poésie de Trois-Rivières.
•
Ian Monk
Plouk Town introduit par Jacques Roubaud Cambourakis., 2007 isbn : 978-2-816589-04-6. 17 €
Trois "parrains", qui situe bien ce livre décapant, Hervé Le Tellier et Harry Mathews à la quatrième de couverture (voir ci-dessous) et une introduction en 113 propositions par Jacques Roubaud, Ian Monk traverse le Channel. Le tout proposé par un tout nouvel éditeur à qui Poezibao souhaite nombreuses publications de cette eau-là.
« Un poème comme Plouk Town tu peux pas l’écrire tu vois si tu crois que dans la Vraie Poésie avec des majuscules il n’y a pas de "salope" et de "ton cul" et de "sécu" même si dans la vraie vie sans majuscules il y en a de ces trucs mais en fait si tu te trompes il y en a dans la vraie poésie sans majuscules et même des "je t’aime" et des "marlboro » et des "merde" et tu ferais bien de te lancer dans Plouk Town comme on se jette dans le vide, parce que Plouk Town tu vois et bien Plouk Town c’est la preuve par Monk » (Hervé Le Tellier)
« C’est une œuvre irrésistible : un vocabulaire qui ramasse tout, une plénitude formelle qui nous secoue sans arrêt, une vision de la douce France frémissante d’une rage qui si terrible qu’elle soit, est finalement la rage de vivre. (Harry Mathews)
Poète, traducteur (de Perec mais aussi de Roussel, Hugo Pratt et Daniel Pennac), Ian Monk est né en 1960 à Londres et il vit à Lille. Coopté à l'Oulipo en juin 1998, après avoir travaillé sur l'Oulipo Compendium avec Harry Mathews, il est l'inventeur de nouvelles contraintes, comme les «monquines» qui combinent sextine et mots nombrés, et les « quenoums » qui combinent les quenines et les pantoums.
•
Bruno Fern
111 points de contrôle Voix éditions, 2007 isbn : 2-914640-69-2 12 €
Dans la belle collection Vents contraires de Voix éditions, forte déjà des noms (parmi d’autres !) de Véronique Vassiliou, Georges Hassomeris, Charles Pennequin, Hubert Lucot, Jérôme Game, Alain Helissen, ce premier recueil de Bruno Fern qui a déjà publié en revue (Mâche-Laurier, Petite, Action Poétique et Rehauts).
Il s’agit ici de « relancer, quitte à le faire avec minutie, voire une tendance quasi maniaque à prendre le choses à la lettre, ce qui permettrait au moins, dans le même mouvement, de déceler des pannes dans la langue, des fuites dont l’origine demeure en grande partie inconnue, le tout aboutissant à une forme d’égarement ».
extrait
22
« pour mieux la tenir la syntaxe en faire du sol ide longuement à la recherche d’un corps qui serait conducteur ou d’un fil puis celui du vent fera l’affaire ou des viscères aussi bien pris dans l’engrenage dont nulle roue n’est visible de là où nous fûmes placés (moi en tous cas)
en réalité ce qui filtre / est filtré le neutre ne figure pas au catalogue car l’intemporel n’est pas plus dans les tempes que dans les noms le vers n’est qu’un point de fuite. »