[anthologie permanente] E.E. Cummings

 

 

Jacques Demarcq donne une nouvelle traduction de Cummings, son Paris, publié en édition bilingue aux éditions Seghers – Poésie d’abord.  
 
4.  
Paris ; ce couchant d’avril totalement s’exprime ; 
s’exprime sereine et silencieuse une cathédrale 
 
devant le magnifique visage décharné de qui 
des rues sous la pluie rajeunissent, 
 
des hectares de volutes bouffies de rose 
lovées dans de cobalt kilomètres de ciel 
s’inclinent attentionnés devant 
le mauve 
        de crépuscule (qui descend tout en sveltesse, 
portant coquette aux yeux les dangereuses premières étoiles) 
les gens vont aiment courent sous gentiment 
 
arrivant la pénombre et 
vois ! (la nouvelle lune 
emplit tout à coup de soudain argent 
ces poches trouées d’une mendiante couleur boiteuse) 
tandis 
qu’ici et là ondule indolente la prostituée 
Nuit, elle tente de convaincre 
 
certaines maisons 
 
 
4.  
Paris; this April sunset completely utters 
utters serenely silently a cathedral 
 
before whose upward lean magnificent face 
the streets turn young with rain, 
 
spiral acres of bloated rose 
coiled within cobalt miles of sky 
yield to and heed 
the mauve 
               of twilight(who slenderly descends, 
daintily carrying in her eyes the dangerous first stars) 
people move love hurry in a gently 
 
arriving gloom and 
see!(the new moon 
fills abruptly with sudden silver 
these torn pockets of lame and begging colour)while 
there and here the lithe indolent prostitute 
Night, argues 
 
with certain houses 
 
○ 
 
La pluie est un bel animal 
Sur quoi j’attrape un train et soudain me retrouve à Paris avant la nuit, en mai. Au bord du fleuve des arbres laissent aller ici-là en silence des pétales, paquets de senteur, qui tombent en planant sur une perspective de piétons bavardant ; timidement qui caressent chapeaux épaules, robes et poignets ; qui muettement atterrissent sur des rires d’hommes et d’enfants, de filles et de soldats. Au crépuscule ces choses exquises et ridicules descendent au milieu des gens, doucement et impérissablement. Les gens ne regrettent pas d’être vivants. Ils ne sont pas honteux. Ils sourient, avancent gaîment et irrévocablement se dirigent dans le crépuscule vers la Foire aux pains d’épices. Je suis vivant, je vais avec la foule, je remonte lentement la perspective parmi chapeaux et soldats, parmi sourires et cravates, embrassades et vieillards, poignets et rires. Nous tous irrévocablement avançons, avançons lentement et gaîment avançons. S’entremêlant les épaules de nous et nos chapeaux timidement sont touchés par un million de frôlements ; par des pétales et par des femmes et par des rires et par toujours ; tandis que sur nos esprits, se pressent magnifiquement et se referment les chauds tentacules du soir. 
 
 
The rain is a handsome animal 
Whereupon i seize a train and suddenly i am in Paris toward night, in Mai. Along the river trees are letting go scarcely and silently wisps, parcels of incense, which drop floatingly through a vista of talking moving people; timidly which caress hats and shoulders, wrists and dresses; which unspeakingly alight upon the laughter of men and children, girls and soldiers. In twilight these ridiculous and exquisite things descendingly move among the people, gently and imperishably. People are not sorry to be alive. People are not ashamed. People smile, moving gaily and irrevocably moving through twilight to The Gingerbread Fair. I am alive, I go along too, I slowly go up the vista among the hats and soldiers, among the smiles and neckties, the kisses and old men, wrists and laughter. We all together irrevocably are moving, are moving slowly and gaily moving. Intricately the shoulders of us and our hats timidly are touched by a million absurd hinting things; by wisps and by women and by laughter and by forever: while, upon our minds, fasten beautifully and close the warm tentacles of evening. 
 
 
[ndlr : ce poème a inspiré au moins 17 chansons] 
 
 
E.E. Cummings,Paris, traduction Jacques Demarcq, édition bilingue, collection Poésie d’abord, Seghers, 2014, 17€, pp 26-27 et 128-129. 
 
E.E. Cummings dans Poezibao :  
bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, Font 5,, traduction Jacques Demarcq (Auxeméry), ext. 5, note poésie, no thanks et font 5 (E. Clémens), ext. 6