Mario Benedetti (né en 1955) (anthologie permanente)

 

Jean-Charles Vegliante a proposé à Poezibao cet ensemble de traductions inédites du poète italien Mario Benedetti (né en 1955) 
 
 
L’angoisse dans le vert. 
Le souffle dedans est comme dehors le vent, 
ainsi sans les os et la peau 
que peut-on être, a-t-elle pensé 
c’est le regard qu’a ma vie, 
a-t-elle pensé dans le silence du souffle 
dedans ce regard outre cette vie. 
 
L’ansia nel verde  
Il respiro dentro è come fuori il vento, 
così senza le ossa e la pelle  
cosa si può essere, ha pensato  
questo è lo sguardo che ha la mia vita,  
ha pensato nel silenzio del fiato  
dentro quello sguardo oltre quella vita.  
 
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Trois novembre (pour ma mère) 
Qu'est-ce que je dois regarder pour sentir que ce n'est pas si vrai, 
et réussir à te déplacer dans les tâches ménagères, 
à te pousser de nouveau le long des rues. Et entre les lignes 
rapprochées des cheveux je regarde les sentes du sous-bois 
jauni. Et j'arrive à voir les venelles de Naples, 
les années Trente, les chats, les jupes longues d'une jeune fille. 
Et tu me dis : tu sais que c'est vrai, toi reste fort et serein, 
combien de jours tu as devant toi ! Moi je suis morte le lundi, 
tu es arrivé pour me regarder, j'étais une chose vêtue 
de l'habit bleu que tu m'avais offert et toute la broderie 
du foulard. Si tant élégant, si tant beau. 
 
|○| 
  
Les mots ne sont pas pour qui n'est plus là. 
Ils s'émeuvent et peuvent dire le visage mort. 
Les yeux étaient comme elle les montrait, 
l'habit enseveli celui déjà vu auparavant. 
Constater que tu n'es plus là, ne rien dire.  
 
                                                                  (inédits) 
 
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(Couleurs 11) 
Et maintenant stupeur, l’enfant. 
Regarde dans les yeux ses yeux. 
 
S’accroche à la terre, avec le blanc des fleurs. 
Livre de la rue Pál, des grenadiers devant, 
 
entre nous qui n’étions pas. 
 
Né de visages, de corps, de tendre couple. 
Dedans, inséparés, oh, mais les autres pareils ensemble. 
 
Fendus, déjà morts, un par un, par deux. 
Et l’idée de vie envahit, triomphe. 
 
Monde non monde, monde mien noir.  
 
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5 
 
Vert des années amour. Enfants 
de femme, et de femme les yeux verts. 
 
Et d’herbes, moi, et de toi. 
Tout. Monte et s’en va. 
 
Déprimé envoi, 
les larmes à la racine des nerfs. 
 
Allongés dans le soleil qui ne s’éteint pas. 
Cher été. Noms. 
 
Cher été. Où rien 
ne tient la vie, et la nôtre transparaît. 

 
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7  
 

Où t’es. Mère. 

 
Y’a d’mourir, et ça n’paraît vrai. 
Il faut mourir, et ça ne semble pas vrai. 
 
Ainsi les feuilles. Ainsi, 
Peut-être, feuilles n’ont pas été. 
 
Dove sei. Madre. 
  
E si à di murì, e nol par vêr 
Si deve morire, e non sembra vero. 
 
Così le foglie. Così, 
forse, foglie non sono state. 
 
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8 
 
C’était la mère et sa mère, dans le souvenir. 
Il réentendait des mots, dans ses propres mots. 
 
Moi, souffle condensé à une ombre de cire, 
à une ombre de silhouette… 
 
Voile d’endroits. Vignes, œufs, chicorée, 
harengs, polente, Maria, la grand’mère. 
 
Vignes de vignes, œufs d’œufs… 
Caressante obscurité, oui, c’est moi.  
 

Mario Benedetti, traductions inédites de Jean-Charles Vegliante, novembre 2011 
 
 
[traductions et choix de Jean-Charles Vegliante] 
 
bio-bibliographie de Mario Benedetti