[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 7/41

 

Mont-Ruflet 
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar 
7e épisode 
Résumé de l’épisode précédent : Les deux jeunes hommes, Isidore et Ivar, parlent du vers, de son renouvellement possible. Mais ils sont inter-rompus par le tintement du timbre de la bicyclette du facteur. 
 
Cercle d’acier. La sacoche postale lui pend toujours 
Au côté (« C’est que j’aime encore mieux l’avoir sur  
Le flanc, que là à trôner sous mon œil tout le temps, 
Sur le porte-bagage avant,  je veux dire : elle, elle se 
Fait promener,  et moi je dois me ressouvenir que je 
Suis au travail. À suer pour l’État. Suer des pieds et 
Sous la visière, pour gagner quoi ? Quand je pédale 
Sans l’avoir sous la vue,  je peux penser que je roule      (320) 
Pour mon plaisir genre randonnée, ou quand on va  
Voir sa fiancée à l’autre bout du village,  vous comp 
Renez ? Bien sûr, les lettres,  je peux,  oui, les mettre  
Dans les deux sacoches arrière,  mais, je ne sais pas, 
Je trouverais ça pas très élégant ; puis tout le temps      
Descendre de vélo, et plonger le nez derrière, non ! » 
Le facteur s’arrête (sur un pied, donc),  l’air un peu, 
Soupçonneux (c’est dans sa nature)  mais la longue 
Face chafouine,  presque sans menton, s’ouvre obli 
Quement, mais très large : c’est qu’il sourit !  à s’en      (330) 
Déboîter le condyle.  « Salut, ces jeunes messieurs ! 
Alors, encore à causer poésie ?  Vous avez-t-il avan 
Cé  dans vos recherches sur la scansion ou la métri 
Que et tout le truc ?  Ça m’intéresse, faut pas croire 
Et comme l’autre fois, Monsieur Isidore,  vous avez 
Dit  (et ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd,  
Que non !) que la poésie,  elle doit être faite par tou 
S non par un... Eh ben je m’y suis mis aussi à taqui 
Ner la Muse, moi. Parfaitement. Ben voilà.  Si vous 
Avez le temps.  Moi,  ça va, je suis plutôt en avance      (340) 
Sur ma tournée. Oh,  dix bonnes minutes (il sort sa 
Montre de son gousset), ouais,  même onze !  Voilà, 
Mon carnet  (il le tire d’une poche intérieure). C’est 
Avant-z-hier,  hier et encor avant-avant-z-hier, que 
Ça m’est v’nu.  Du tout cru ! "Octobre... Le soleil se 
Couche // J’urine clair contre ta bouche."... "Le café 
De Condé-Folie // Un fil d’ou.ate m’y conduit.". "Si 
Je dis « timbre » ces nigauds //  Comprennent lettre 
Pas vélo.".. "Aujourd’hui,   comme aux Rogations //  
Louise a sucé sans conviction."..   "Ma chaîne saute      (350) 
Je descends // De mon vélo.  Grand ciel en sang."... 
"À minuit devant la télé //  Par la vitre j’entends bê 
Ler."...  "Après l’ondée ;  le houx reluit // Le dernier 
Numéro de Lui."... "Juillet... Au ciel une alouette // 
Dans l’herbe je compisse Henriette." Oh ! on dirait 
La vieille Frédégonde,  là-bas contre le mur de la c 
Hapelle.  Elle s’appuie qu’elle mire.  Elle mire dans 
Un rond  qu’elle a fait avec son pouce et son index, 
Oh !  qu’elle est à mitan sorcière, même plus ! Oh ! 
Faut pas rester là,  ces jeunes messieurs ! Salut, je f      (360) 
Ile ! » Les deux garçons le regardent partir, puis la 
Place où était Frédégonde (elle n’y est plus), enfin, 
Leurs yeux tombent de conserve sur leurs pieds et 
Ils se rendent compte qu’ils sont presque jusqu’au

 

prochaine épisode mercredi 14 décembre