[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 5/41

 

Mont-Ruflet 
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar 
5e épisode 
Résumé de l’épisode précédent : La jeune fille a été plumée. Le garçon pénètre dans le bois et des problèmes de vue et d’ouïe se posent d’emblée. Un écriteau cloué à un arbre inquiète par un possible message subliminal. 
 
Me, on peut prendre le temps de pouffer). Souffler. Et 
Attendre que le rythme cardiaque redevienne normal.      (210) 
Qu’est-ce qui m’a pris de m’affoler de la sorte ? Je n’ai 
Plus onze ou douze ans à craindre les baffes du garde, 
Ou ses coups de pied dans le cul ? —  Tiens, le coucou. 
Quoi d’autre encore à entendre ?Un chien du hameau 
Qui aboie long et gourd ; le bruit qui vient de s’arrêter 
D’un tracteur, dans le chemin de l’Érable, — à l’entrée 
D’un champ, c’est plus que probable.  Qu’est-ce qu’on 
Voit ?  Beaucoup de  toiles d’araignées entre les arbres, 
Qui brillent, et tremblent. Là un grand lit d’anémones 
Des bois (les feuilles,  pas encor les boutons)  ça fait du      (220) 
Vert, un vert foncé –  et tout là-bas file une forme bleu 
Marine, c’est le survêt’ de notre instit’  (celui-là, même 
Qui nous a lu Rimbaud,et Verlaine), il s’entraîne  pour 
Le prochain championnat des  Flandres de cross-coun 
Try (on dit qu’il a déjà eu le titre une fois). 
                                                                            La vieille      
Femme est pliée,   cassée en deux sous le faix de fagots 
(Pas de bourrée,  ni de brande ou cotret : fagots de lon 
Gues branches).   Elle s’appuie sur son bâton, et la tête 
Baissée, très lentement avance.  Menton en galoche, et 
Lèvres rentrées,  qu’elle humecte sans cesse à y  passer      (230) 
La pointe d’un rose un peu...déplacé ?de sa langue. Ô 
Sorcière, je te reconnais !  Et ton œil mi-clos, renfoncé, 
Que sans cesse tu rinces  d’une percée bleue :  de l’iris, 
Oui d’un bleu un peu...déglacé ? Enfin, bref, elle se ra 
Mène. Je t’ai reconnue, je sais que sous la crasse  (suie, 
Oui, serait plus juste), que sous la crasse et la barde  à 
Poils rares mais crochus, je sais que sous la verrue :  je 
T’ai reconnue,que sous la barde et sous la harde  qui p 
Ue... c’est Vivi.ane et Mélusine que tu peux être  toute  
Nue, et courtisane, et ballerine : pas de bourrée,  hue !      (240) 
À ta cabane, à ta chaumine. — Il suffit que selon le fil 
Et de la langue et de l’iris,  tu te redresses,  et tu t’extir 
Pes de ta gangue d’immondices : et que la bogue mal 
Éfice – éclate ! Mais non. Non, tu t’es avancée jusqu’à 
La chapelle du bois ;  toute tordue et boitant bas, sous 
Ta charge de branchage: à haleter, et transpirer, à gri 
Macer, à trépider, à saliver et zyeuter bas. Ça !  qu’est 
Ce que tu vois ?  Sur la marche de la chapelle  (fermée 
À clé)  deux jeunes  hommes ont collé leur front à la vi 
Tre  (la porte de l’édifice est vitrée) et,   les deux mains      (250) 
Plaquées  en œillères contre leurs tempes,   ils scrutent 
L’intérieur, la courte nef,   juste encombrée  (tu le sais) 
De quelques bancs et de quatre prie-Dieu.    Puis ils se 
Redressent (ils ne t’ont pas vue) et causent.   Des deux, 
L’un est plus grand et basané (quelque peu).   Il parle, 
Tu ne l’entends pas mais tu sais bien...   avec un assez 
Fort accent sud-américain. « Isidore »,  marmottes-tu, 
Et tu craches, à gauche de tes pieds.  Un long jet noir. 
L’autre (des deux) a une ou deu   (qu’est-ce le temps ?  
) z années de moins.  (Le temps n’aurait-il pourtant u      (260)

 

prochain épisode vendredi 9 décembre 2011