
Lettre de Geroges Perros à Michel Butor
« Je m’exténue en petits dessins. Ça ne fait pas de mal, ou bien, à personne. Mais je me sens si bien tout seul dans ma turne. Un vrai salaud !
Je suis toujours ce que je vais devenir
Ne pouvoir écrire que sous forme de notes, c’est être voué au perpétuel recommencement, l’une chassant l’autre. D’où quand rien ne vient : le désespoir, et l’envie d’être peintre, par exemple. »
C’est un aspect totalement méconnu de l’œuvre de Georges Perros (on se souvient aussi de la relative surprise créée par toutes les œuvres graphiques de Roland Barthes présentées dans la récente exposition au Musée Georges Pompidou) : il dessinait.
Une passionnante exposition réunit pour la première fois un ensemble de plus de cent oeuvres : peintures, dessins, gravures, correspondances illustrées...
Elle est accompagnée de la publication d’un ouvrage, co-édité avec les éditions Finitude, réunissant des textes sur l’art et des reproductions de la plupart des oeuvres exposées.
Georges Perros
« dessiner ce qu’on a envie d’écrire »
9 mars – 30 mai 2005
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
La vie et l’oeuvre de Georges Perros fascinent. Georges Poulot dit Perros naît à Paris en 1923. Ami inséparable de Gérard Philipe, il est tout d’abord comédien. Second Prix de comédie au Conservatoire, il est engagé à la Comédie-Française, à la fin des années 40. Il abandonnera définitivement sa place de sociétaire en 1950.
Grâce à Gérard Philipe, il est engagé au T.N.P comme lecteur, par Jean Vilar. Il commence également à faire des comptes-rendus de lecture réguliers pour la N.R.F., qui publie périodiquement ses notes. Il signe Perros.
Il se lie d’amitié avec certains auteurs de la N.R.F. : Jean Paulhan, Jean Grenier, Roland Barthes, Pierre Klossowski …et rencontre Michel Butor dans le bureau de la Revue. C’est le début d’une étroite amitié et d’une fraternelle collaboration littéraire.
De 1955 à 1959, il mène une vie tourmentée et fait de fréquents séjours bretons.
En 1959, lassé de Paris, il s’installe en Bretagne, à Douarnenez, avec son épouse Tania et ses enfants.

« Homme à la moto » (son amie Jeanne Moreau lui en offrit une), il écrit à plein temps et devient rapidement une figure de la ville où son temps est partagé en lectures, flâneries, fréquentation des cafés du port. (André Breton vint passer quelques jours auprès de lui en 1964).
Poèmes bleus (1962, Prix Max Jacob) et Une vie ordinaire (1967) « déroulent le fil captivant de cette existence simple et hantée à la fois »
Puis, Papiers collés, trois volumes, sont accueillis comme « d’étincelants modèles de littérature fragmentaire » Le Prix Bretagne en 1974 couronne toute son oeuvre.
En 1970, il donne ce qu’il appellera des « cours d’ignorance » chaque jeudi à la Faculté des Lettres de Brest puis à Quimper.
En 1976, il est atteint d’un cancer à la gorge. Privé de paroles, il « converse désormais à l’aide d’une ardoise magique », un de ses textes écrit en 1977 s’intitule d’ailleurs l’Ardoise magique.
Il meurt en 1978.

Les Editions finitude éditent un livre intitulé dessiner ce qu’on a envie d’écrire.
Près de quatre-vingt-dix oeuvres graphiques de l’écrivain Georges Perros sont rassemblées dans cet ouvrage : 72 dessins reproduits en couleurs et 15 gravures. Ils sont illustrés d’un choix de textes de Perros et son ami Michel Butor signe la préface.
Prix : 28 euros
Exposition ouverte tous les jours de 11 heures à 18 heures, sauf le mardi et les jours fériés.
FT
