(Carte blanche) à Claude Minière : Un livre


UN LIVRE



Donc, un choix
venu sans autre choix
mais ce qui échoit
un dû
            sans rituel



par bonté divine
une devinette
une nécessité



verticale
à l’horizon
plantée
en chemin
                   dépouillement



contre tout ce qui se fait
de déballages
    d’imaginations
                  de réalismes







un chemin facile
                             léger
une face
un livre dur et fragile



les pensées viennent pures :
les cueillir avant qu’elles ne sombrent
ne s’altèrent et alternent



pure illusion
pure vérité
sans contradiction



la pureté est mal vue
elle paraît un effort
c’est faux



ils disent c’est trop simple
ce ne l’est pas encore assez
il faut tout simplement un livre



ils brouillent
ils tuent ils consomment ils empoisonnent



ô, frère ours sœur baleine
ô, enfant






mon livre est un chant
un diamant
un fil entre les deux montagnes



un livre dans la poche
sur la table je laisse Pascal
Ducasse et l’Ancien Testament
je suis par-delà



un livre comme un baptême et aucun thème
un désaffublement



tout livre en son essence est aphorisme
certains ont besoin de trois cents pages



je veux que mon livre soit pur
tout autre choix me conduirait à une impasse



un livre qui ne soit pas un essai
ni tout un roman
un livre qui soit accompli
qui ne fasse pas d’histoires








un poème plié déplié
un chant un cri
            pour le matin le midi et le soir



ô, enfant
ô, Amazonie
                          tête brûlée
                           cœur brûlant



un livre qui ne soit point une tache intellectuelle
non plus la mer



un livre de chair joyeuse
qui a lu tous les livres
et les a trouvés bien


Claude Minière