Anthologie permanente : Franck André Jamme

 

NDLR : il est très difficile d’extraire une séquence de ce livre, extrêmement construit et cohérent, constitué d’une série de sept  « mantras » de vingt à trente pages, séquencées et se terminant toujours par un texte en capitales, justifié, formé d’une phrase de cinq ou six lignes qui se répète…. 
 
 
Mantra des réalités invisibles et des doigts troués de la vue 
 
Nuit d’abord 
Jour ensuite. 
 
Très exactement à sa droite.  
 
Encore le rite.  
 
Encore recommencer 
par la gauche 
sur le chemin.  
 
N’importe où. 
 
 
Tout chemin.  
 
On aurait dit 
qu’elle réfléchissait 
je ne sais trop quelle lumière.  
 
Je ne sais trop  
quelle lumière. 
 
 
 
S’interrogeait,  
comme souvent : 
 
Mais comment se tenir droit 
dans la maison si basse ? 
 
Quand n’existe d’autre possible 
que de rouler quelques balles de boue 
sous nos doigts, sans arrêt, 
 
Il paraît qu’on en fait des perles, 
parfois.  
 
Un blanc. 
 
Tandis que défilent les singes : 
l’horreur, l’injustice, la cruauté, 
l’inextinguible domination 
de l’un par l’autre, 
 
le délire de la destruction 
 
le délire de la construction 
 
Elle se serait giflée. 
 
 
 
Premier abri. 
 
 
Nuit du commencement,  
ivoire, 
jusqu’à la fin. 
 
Sans jamais rien à déclarer.  
 
En apparence. 
 
Elle osait pourtant : 
 
Puisque tout est possible. 
 
Ivoire, noire, 
même si un serpent argent 
parvenait à s’y faufiler 
à l’instant.  
 
Toujours force. 
 
Toujours spirale.  
 
Elle insistait :  
 
Puisque l’énergie est partout.  
 
 
 
C’était qu’en fait, 
 
sous les replis des yeux, 
si lourds,  
cent paupières 
l’une sur l’autre,  
 
elle ne sentait presque plus rien. 
 
Tenait bon, 
 
simplement. 
 
Résistait 
[...] 
 
Franck André Jamme, Mantra Box, Éditions de la revue Conférence, 2010, pp. 29 à 33. 
 
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