Anthologie permanente : Vladimir Maïakovski

 

 

« Le canot de l'amour s'est fracassé contre la vie (courante). Comme on dit, l'incident est clos. Avec vous, nous sommes quittes. N'accusez personne de ma mort. Le défunt a horreur des cancans. Au diable les douleurs, les angoisses et les torts réciproques ! ... Soyez Heureux ! ». 
Le 14 avril 1930 disparaissait Vladimir Maïakovski.  
 
 
ADOLESCENCE 
 
L’adolescence a des leçons en masse. 
On apprend la grammaire aux sottes et aux sots. 
Donc moi, 
ils m’ont viré de la cinquième classe – 
Ils m’ont jeté dans les prisons moscovites1 – 
Dans votre  
petit univers 
d’appartement 
poussent des poètes frisés pour les alcôves. 
Que peut-on dénicher dans ces bichons lyriques ? 
Moi, 
j’ai appris 
à aimer 
aux Boutyriks2. 
Que me font les regrets sur le Bois de Boulogne ?! 
Que me font les soupirs sur l’infini des mers ?! 
Moi, c’est 
d’une agence de pompes funèbres 
que je m’épris 
par le judas de la cellule 103 
Ceux qui voient le soleil tous les jours 
s’en font accroire ; 
« Que valent – disent-ils – ces rayons de rien du tout ?é 
Mais moi – 
pour un reflet 
jaune sur la paroi 
j’aurais alors donné tout au monde.  
 
 
1. V. Maïakovski a été emprisonné, à plusieurs reprises, pour activités révolutionnaires clandestines, notamment entre août 1909 et janvier 1910. 
2. Prison de Moscou où Maïakovski a été incarcéré.  
 
 •
 
MON UNIVERSITÉ 
 
Vous savez le français, 
vous divisez, 
multipliez, 
déclinez à souhait.  
Eh bien, déclinez ! 
Mais dites-moi – 
pouvez-vous  
chanter avec une maison ? 
comprenez-vous la langue des tramways ? 
Le petit de l’homme 
dès qu’il vient au monde – 
tend la main vers les livres, 
vers les feuilles de copie. 
Mais moi, j’apprenais l’alphabet sur les enseignes, 
en en tournant les pages de fer et de tôle. 
La terre, on la prend, 
on l’émonde, 
on la saigne – 
pour l’apprendre. 
Ce n’est qu’une toute petite mappemonde. 
Mais moi,  
mes côtes m’enseignaient la géographie, 
ce n’est pas pour rien 
qu’au sol 
je me cognais la nuit.  
[...] 
 
Vladimir Maïakovski, À Pleine voix, Anthologie poétique 1916-1930, préface de Claude Frioux, traduction de Christian David, Poésie / Gallimard, n° 414, 2005, pp. 181 & 182.  
 
Maïakovski dans Poezibao : 
bio-bibliographie, extrait 1, Écoutez si on allume les étoiles, extraits 2, extrait 3 
 

 
S’abonner à Poezibao

Une de Poezibao