Anthologie permanente : Jean-Claude Schneider

 

par la bouche sans lèvre, sans dents 
s’échappe 
                  laissant 
à ses silences l’inénonçable 
 
pour coucher dans les mêmes plis 
l’épaisseur de langue et l’épaisseur du monde 
 
en avant du chemin, le Poème 
 
ornières – où se coulent 
les ruisseaux de l’hymne mis en bouche pour le passage 
de lèvre à oreille et la mémoire 
plus facile – où s’entend grandir l’herbe.  
 
 
est 
 
le corps rare ou dense, ocre et vert, que je peux 
penser, dire 
 
ou n’est pas 
 
c’est, où viennent crever l’ombre le jour,  
naître et mourir le temps, 
l’ici 
        scintillant comme 
sur le bâton tendu du regard 
l’astre s’allume et s’éteint 
revient et va 
 
il 
 
 
rendre le regard 
autre 
 
comme ces figures 
engluées à leur gangue d’huile et pigments : 
de chaire bue buée re- 
corporées 
au souffle, à la salive qui obombrent les jours 
 
rétine 
ayant bu, buvant, boira – soif 
d’un sans fond 
pour ça : la mixture reluquable 
 
à revoir, donc, la savoir 
apparaître puis, s’effaçant, se repaître.  
 
 
horizon qui selon la pente du jour 
me parle et se tait : 
les apparences 
 
dont le nom 
ne répète que le vide où s’est tenu 
 
(mais cela me suffirait, cela 
je ne m’en dégoûterais pas si étaient 
redonnées ces poignées d’heures 
à ma soif) 
 
le bord tremblé de leur contenant 
[...] 
 
Jean-Claude Schneider, « avec ton ouie bourdonnante », Sentes dans le temps, pp. 9 à 12, Apogée, 2001 
 
 
bio-bibliographie, extrait 1, Corde (parution) ; Leçons de lumière (note de lecture M. Ohrti)