[anthologie permanente] Christiane Veschambre

 

Christiane Veschambre a publié récemment Versailles Chantiers dans une nouvelle collection, Ligatures, créée par les éditions Isabelle Sauvage et qui vient tout juste de s’enrichir de deux nouveaux titres*. 
On peut lire ici des notes prises en lisant le livre de Christiane Veschambre.  
 
 
En 1984, dans la ville 
de Los Angeles, Sophie Calle 
a interrogé et photographié 
des habitants en leur demandant 
« où sont les anges ? » 
Et à Versailles Chantiers où 
sont les chantiers ? 
Dessous. Sous les rails, sous 
l’esplanade de la gare, sous 
le bitume du parking, celui de la rue 
des Chantiers, des États-Généraux, 
sous le moulin à farines, et en deçà, 
plus profond, en dessous de la terre 
recouverte par le bitume, sous 
les couches déposées pendant trois 
siècles, se trouvent les chantiers. 
Leurs vestiges : comme une ville 
enfouie, celle où, à partir de 1661, 
se taillèrent, sur plusieurs chantiers, 
les pierres du château 
 
./ 
 
À partir de 1661, pendant trente-huit 
ans, des milliers d’ouvriers ont 
travaillé à la construction 
du château. Parmi eux les tailleurs 
de pierre. 
Une discipline très stricte 
règne sur les chantiers. Colbert 
instaure, en 1670, des peines 
d’emprisonnement, des punitions 
corporelles pour les fautifs.  
Les ouvriers sont mal nourris 
et soumis aux épidémies.  
En une année, entre 1684 et 1685, 
on enregistre 1 300 décès. 
 
[...] 
 
Les pierres venaient de tout 
le royaume. 
En 1670, Louis XIV fait construire 
les Invalides.  
De sa fenêtre, Marcel C., l’auteur 
des trois volumes de Faits, le premier 
s’intitulant Faits, Lecture courante 
à l’usage des grands débutants, 
les suivants Faits, II et Faits, III, 
peut voir la rue du Gros-Caillou 
ainsi nommée parce qu’y 
travaillèrent ceux qui en taillèrent  
les pierres. 
Le RER qui va à Versailles Chantiers 
dessert la station Invalides.  
 
./ 
 
Traverse n° 3 
 
le 17 janvier 2012, comme la veille, et encore la veille, une corneille 
vient se poser sur le chapeau métallique qui surplombe la cheminée 
de l’immeuble d’en face, de l’autre côté de l’étroite rue 
elle se tient droit à hauteur de mes yeux bien noire de profil reste 
un long moment croasse puis s’envole 
irruption animale de l’insaisissable dans le paysage strictement 
immobilier 
posée là droite et noire dans l’arrêt qui prépare son élan sans trace 
elle semble défier une ville qui mourra avant elle 
elle aussi phrase véritable 
 
 
Christiane Veschambre, Versailles Chantiers, avec des photographies de Juliette Agnel, coll. Ligatures, Éditions Isabelle Sauvage, 2014, sans pagination.  
(notes sur ce livre) 
 
Christiane Veschambre dans Poezibao :  
bio-bibliographie, à la maison de la Poésie à Paris (mars 06), La Ville d’après, suivi de A propos d’écrire (par Eric Houser), extrait 1, Robert &Joséphine, (par S. Bourgois),Robert & Joséphine(par T. Hordé), Après chaque page (par A. Emaz), "Triptyque de la chambre secrète" par Anne Malaprade 
 
 
* collection, Ligatures 
Yves di Manno, une, traversée, photographies d’Anne Calas 
Carole Darricarrère, Chair de l’effacement