(Anthologie permanente) Antoni Clapés, Haute Provence et L'architecture de la lumière



Poezibao propose ce matin un important dossier consacré au poète catalan Antoni Clapés. On peut lire quelques éléments bibliographiques ici.
On trouvera ci-dessous quelques poèmes mais on peut surtout consulter l’importante sélection rassemblée dans un dossier PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien. - versions originales des poèmes en cliquant sur cet autre lien.


Antoni Clapés  Haute provence

la vérité sans maison

itinéraire de la conscience – cette écriture

dire la difficulté d’être — de l’être
écrire le conflit d’écrire

exiler toute tentation de mimesis
seul – le mot nu qui dit le silence

écrêter le poème — à peine

se dessaisir — désapprendre
chercher l’essentiel de l'essence

renoncer à la clarté pour être diaphane
comprendre que la profondeur réside à la surface

ne pas faire le poème car le poème est là
ne pas dire la lumière pour que la lumière existe

l’immobilité — pour faire tout cela

créer une langue autonome — intraduisible
chercher des confluences — éviter les influences

la lenteur — la durée
le mot — le vide

dans le grand silence de la forêt — dans la lumière blanche de la pierre

Haute Provence, traduction François-Michel Durazzo, Écrits des Forges, Trois Rivières, Québec, 2008


la veritat sense casa

itinerari de la consciència – aquesta escriptura

dir la dificultat de ser – de l’ésser
escriure el conflicte d’escriure

bandejar tota temptació de mimesi
sol – el mot nu que diu el silenci

esmotxar poemes – a penes

deseixir-se – desaprendre
cercar l’essencial de l’essència

comprendre que la profunditat rau a la superfície
renunciar a la claredat per ser diàfan

no fer el poema perquè el poema ja és
no dir la llum perquè la llum existeixi

la immobilitat – per fer-ho tot

crear una llengua autònoma – intraduïble
cercar confluències – esquivar influències

la lentitud – la durada
la paraula – el buit

en el gran silenci del bosc – en la llum blanca de la pedra

*

   I

tu avances à l’aveugle   –   en bordure
tu traverses chênaies garrigues marais champs de blé

une allée d’ormes   –   un chemin d’air
             les eaux sombres de la mémoire
                                                                                                  un silence affolé

au loin tu devines une clairière radieuse   –   la maison de la lumière


tu crois être revenu au lieu d’où tu es parti
                                     et plus tu t’en approches plus il s’éloigne


    II

première heure   –   première lueur
         des formes lointaines bougent dans l’air
absentes présences   –   avide race prophétique   –   murs de silence

         le délire du tremblement


un frémissement résonne dans le nid des vipères


    III

        habiter le seuil même de la parole
             
                     là où la lumière
est invisible                                       où tout devient visible


    IV

la parole

         t’éloigne du réel
     surgit   –   délimite   –   frappe

         elle façonne
                  le son d’un indice 
                  le son d’une pensée
                  le son de l’insondable
                  le son de la lumière

                               radical silence de dieu

L’architecture de la lumière, traduction Denise Desautels, Les éditions du Noroît, Montréal (Québec), 2014


Lire de très larges extraits de ces deux recueils en cliquant sur ce lien. On peut aussi découvrir la version originale des poèmes en cliquant sur cet autre lien.

I

camines a les palpentes   —   pel marge

travesses alzinars garrigues maresmes bladars

una avinguda d’oms   —   un camí d’aire
les fosques aigües de la memòria
un silenci enfollit

enllà de l’itinerari albires una clariana lluminosa   —   la casa de la llum


creus haver arribat a l’indret d’on vas partir

i com més t’hi atanses més sembla allunyar-se’t


II

primera hora   —   primera llum
l’aire instal·la llunyanies
absents presències   —   l’avara raça profetal   —   murs de silenci

            el deliri del tremolor

ressona un fremir en el cau dels escurçons


III

       habitar just a la llinda de la paraula
 
allí on la llum
és invisible                                 i tot esdevé visible


IV

la paraula
t’allunya del real
anuncia   —   delimita   —   corprèn  

dóna forma
al so d’un indici
al so d’un pensament
al so de l’insondable
al so de la llum

                                    al silenci radical de déu