Mais enfin. Mais enfin.
Mais enfin : cette expression revient toujours. Mais enfin comme un désir, mais enfin comme la vie même, comme l’arbitraire même et comme l’essence même, côte à côte, mais enfin, mais enfin.
Mais enfin, comment faire passer cela dans l’écriture, ce mais enfin, cet abandon et cette exigence, et presque cette autorité. La mort même, la proximité même de la mort, c’est de cela qu’il s’agissait de rendre compte.
[…]
Ce qui n’est pas sérieux, mais à nouveau ce : mais enfin, mais enfin, mais enfin c’est là, c’est ta vie même, une sorte de vie. La vie même ou ce qui reste de vie ?
C’est vers la peur que les œuvres d’art tirent. Vers ce qu’elles ont d’inexorable et d’inutile. D’absolument inutile. Inutile ? Est-ce le mot : inutile ? Est-ce que tu le sais, hein ? Est-ce que tu le sais ? Peut-être que toute œuvre d’art est ce dont justement on ne peut rien dire, ni utile, ni inutile, ni belle, ni laide. C’est l’approche de ce rien qu’est la mort, cette mort qui a toujours été effacée, plus ou moins escamotée, dans la réalité sordide qui la précède.
Agnès Rouzier, « À haute voix », in Le fait même d’écrire, Change/Seghers, 1985, p. 222, 226 et 223.
Merci à Tristan Hordé pour cette proposition
Agnès Rouzier dans Poezibao :
Bio-bibliographie d'Agnès Rouzier,
extrait 1, extrait 2, extrait 3,
index de Poezibao
Revenir à la Une de Poezibao
Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique